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  Vendredi 21 et samedi 22 juillet 1995

L'histoire de la fille en jaune

L'histoire de la fille en jaune est un petit texte que j'avais écrit de retour de mon deuxième voyage de Chine, en 1995, pour illustrer mon album photo. J'en ai aujourd'hui scanné les images. Toute la partie en italique date de cette époque. En juillet-août 1995, j'avais passé 55 jours à Pékin, logeant illégalement dans les dortoirs des étudiants chinois de l'Université des Langues Etrangères de Pékin, Beiwai. Dans la chambre 208, il y avait mon meilleur ami, Cao Dong, un étudiant en français, et d'autres jeunes chinois, dont Wang Cheng, étudiant en 3e cycle d'arabe, le personnage principal de cette histoire vraie.

Les discussions étaient parfois crues dans le dortoir. Mis à part Cao Dong, que cela agaçait un peu, les autres posaient des questions extrèmement indiscrètes. Ils fantasmaient sur la France, imaginant que l'on pouvait coucher n'importe quand avec n'importe qui, et il était impossible de leur enlever cette idée de la tête. D'après ce qu'ils disaient, ils étaient tous vierges, même s'ils avaient déjà eu des copines. Moi je n'avais à l'époque eu des relations sexuelles qu'avec une fille mais ils s'entêtaient à vouloir me prendre pour un expert en la matière.

Et Wang Cheng cherchait désespérément une petite copine...

Comment aborder une fille en Chine...

Cao Dong, Luo Kun, Wang Cheng et moi traversions le terrain de sport de l'Université des Langues Etrangères de Pékin. Le soleil était au plus haut et faisait éclater la terre ocre. Devant nous, à 20 mètres, deux taches resplendissantes se mouvaient. Une robe jaune et un chemisier rouge.

Wang Cheng fut ébloui : «Wah, elles ont l'air mignonnes, on va voir?» Nos deux compagnons ricanèrent. Wang Cheng n'osait pas. Je raillai : «Pff, c 'est pas difficile!» Je quittai le groupe d'un air de défi pour me porter en avant. Wang Cheng me suivit. Arrivé à la hauteur des jeunes filles, je leur jetai un regard discret. Wang Cheng les regarda de façon appuyée. « Laquelle préfères tu, me demanda t-il, la rouge ou la jaune? » « Je n'en sais rien, je n 'ai pas bien vu. » Wang Cheng, lui, avait bien vu, et il se mit à larmoyer : « Wah, qu'elle est belle, la fille en jaune! » Il en fit une fixation.

Le soir, vers 6 heures, Wang Cheng et moi retraversions le terrain de sport pour aller dîner à la cantine. Il était morose, plus de fille en jaune. Pendant le repas, il toucha à peine à son bol. Mais soudain, les deux taches de couleur firent leur apparition dans la grande salle. Wang Cheng blêmissait, les suivant du regard. Elles vinrent s'asseoir à une table de nous. « Tu es content maintenant? » lui demandai-je. Mais Wang Cheng était tendu, l'air désespéré. « Il faut que je lui parle... Renaud, aide moi, comment faire? » Croyant qu'il s'agissait d'un jeu, je lui proposai à demi sérieusement des entrées en matières très classiques, du genre : « vous êtes étudiantes ici? », etc. « Non, je n'oserais jamais » me répétait invariablement Cheng. « Envoie une de tes baguettes dans leur direction, et va la rechercher, tu te feras au moins remarquer », proposai-je en désespoir de cause. A ma surprise, Wang Cheng le fit. Mais il n'avait toujours pas parlé à la fille en jaune.

Finalement, celle-ci se leva pour aller rincer son bol au lavabo. « Il faudrait aller rincer son bol en même temps », me dit Cheng, sans bouger. « C'est facile! » dis-je en quittant la table. Je lavais mon bol à côté de la demoiselle, quand Wang Cheng arriva et s'intercala entre nous deux. « Bonjour, lui dit-il, tu es libre ce soir? »

Plus tard, Cao Dong, à qui je racontais l'histoire en faisant part de mon étonnement, voulu m'assurer que les Chinois ne faisaient pas comme cela normalement.

Vers 8 heures, la fille en jaune arriva chez nous, chambre 208, avec la fille en rouge et une de leurs amies. Nous avions rangé, nettoyé, acheté des boissons et des apéritifs. Wang Cheng ne quittait pas la fille en jaune des yeux pendant que je leur montrais mes revues, photos et livres étrangers.

Comment déclarer sa flamme en Chine

Le lendemain, je servis d'alibi et de porte-chandelle à Wang Cheng. Il avait invité la fille en jaune à venir se promener avec nous au parc des bambous noirs, situé prés de la bibliothèque de Pékin, à cinq minutes en vélo de notre université.

Alors que nous en rentrions, il me proposa de venir dîner dans un restaurant du quartier ouïgour avec eux. Il fit semblant d'insister quand je refusai sous un prétexte quelconque.

Plus tard, il me raconta qu'il avait ce soir-là demandé à la fille en jaune : " veux-tu devenir ma petite amie? Ne me réponds pas tout de suite, je te laisse trois jours pour réfléchir... ". Un jour plus tard, ils étaient ensembles.

Epilogue d'une amourette

Le dimanche, nous partîmes faire une excursion tous ensemble à Badaling (un site de la Grande Muraille). Ils se donnaient la main, Wang Cheng avait réussi...

Chambre 208Etait-il heureux? Wang Cheng n'était pas un romantique. Quelques jours plus tard, il recommença à se plaindre. Bien sûr, ils ne pouvaient pas faire l'amour. Les copines leur laissaient gentiment leur dortoir pour qu'ils puissent s'embrasser tranquillement pendant 15-20 minutes, mais pas plus. Jusqu'où allaient-ils? Pas très très loin, probablement, mais assez pour que Wang Cheng me dise, mi blasé mi gougeat, que cela ne pouvait pas marcher avec cette fille, car elle n'était pas assez "fengman" (comprendre qu'elle était trop maigre et avait de trop petits seins).

A la fin de l'été, après que je sois reparti en France, la fille en jaune avait regagné son université à Harbin. L'amourette n'avait duré que quelques semaines d'été.

 

La fille en jauneLa fille en rougeUne amie de la fille en jauneWang Cheng Sur le lit de Wang ChengPékin, parc des Bambous NoirsWang ChengLa fille en jauneTu me mènes en bateau...Main dans la main sur la Grande Muraille de ChineNotre groupe sur la Grande Muraille
© Renaud de Spens