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 Lundi 8 et mardi 9 juillet 2002

Cette page du journal est la seule que je n'ai pas écrite sur le moment. Ce n'est que ce froid soir de février 2005 que je me suis décidé à la compléter. L'idée m'était revenue ces derniers jours, en constatant que le menu déroulant n'était pas visible dans Firefox. Pourquoi ne pas en profiter pour terminer le site?

Pourquoi, plutôt, ne pas l'avoir terminé avant? Pendant ces presque trois années, la page d'accueil est restée inchangée, promettant que nous finirions le site dès notre retour, alors que nous étions déjà rentrés depuis longtemps. Mon travail frustrant et usant de fonctionnaire à l'OFPRA avait repris. Et Wei, qui était restée trois semaines de plus en Chine, n'avait pas eu le temps non plus d'achever notre projet avant le début de son DESS d'administration internationale.

Et beaucoup d'autres contingences nous avaient happées. Et la vie avait déroulé son cortège d'événements qui n'arrivent pas toujours qu'aux autres. Et des choses s'étaient défaites.

Mais ce site était resté, tel que je l'avais conçu. Lors de notre voyage, Wei avait plusieurs fois fait part de son agacement alors que je prenais du temps pour écrire ces pages. Après notre retour, elle m'en fut au contraire reconnaissante. Comment pourrions-nous aujourd'hui nous souvenir des détails? En lisant ces lignes, les bruits et les sentiments me reviennent, je me rappelle aussi de ce que je n'ai pas écrit. Je n'avais pas voulu en faire des pages trop personnelles, afin qu'elles soient publiques ; ma lecture sera toujours différente de la vôtre, même si vous pourrez essayer d'analyser ce qu'il y a derrière les mots et le cadrage des photos.

J'ai un peu oublié les deux derniers jours, mais je peux encore expliquer les images. Pourquoi Wei semble t-elle si triste sur la première? Etait-ce parce que c'était notre dernier soir ensemble à Shanghai ou parce qu'elle boudait pour une de ses obscures raisons? Le petit déjeuner du lendemain matin, dans une gargote en bas de chez nous, avait la saveur populaire que j'aime tant en Chine, et que j'ai toujours préféré aux grands restaurants où l'on m'avait sorti.

Wei et son père m'accompagnèrent à l'aéroport. J'étais assez content, car j'avais l'impression que j'étais devenu un peu de leur famille, et que je voyais que Wei et son père, aux relations si difficiles et déséquilibrées, avaient l'air de bien s'entendre.

Le voyage m'avait laissé une impression de course, mais je comptais bien en profiter plus longtemps et l'approfondir grâce à tous les livres que nous avions acheté. Hangzhou elle-même n'en était pas le plus brillant des souvenirs. Provinciale prétentieuse noyée sous la mousson, dépouillée de ses lustres d'antan, elle n'était pas la merveille que m'avait vanté Wei. Mais j'avais été sensible au charme de ses collines, et Shanghai m'avait épaté.

Je n'y suis pas retourné, et si je suis sûr de revenir en Chine un jour, je ne suis pas certain que je remettrai jamais les pieds à Hangzhou, pourtant avec Suzhou l'une des deux villes qui, dans la tradition, ressemblait le plus au paradis sur terre.

Fin
Dernier soir
Fu Wei
Fu Xiongcai
Gargote
Renaud de Spens
Tableau des vols
Aéroport de Pudong
Adieux
© Renaud de Spens & Fu Wei