| Le père de Wei
est rentré tard dans la nuit. Au matin, nous lui
montrons des vidéos de France, et celles que nous
avons faites à Hangzhou.
Pour midi, nous allons, père, mère,
soeur, Wei et moi, déjeuner au "Plaisir du bonheur"
(Xile), un grand restaurant situé non loin de la
maison. Décoré à l'occidentale dans
un style kitch inimitable, il s'étend sur une énorme
salle et est garni d'une pléthore de personnel en
uniforme noir et blanc. Près de l'entrée,
poissons, fruits de mers, tortues, sont présentés
vivants, et l'on va y choisir ses plats.
Après le repas, la mère de
Wei nous accompagne au marché de la soie.
Il s'étale de part et d'autre d'une longue rue. Nous
achetons trois chemises pour 100 yuan chacune (le prix de
départ étant 165). Plus tard, le père
de Wei, plus expert en marchandage,
nous dira qu'on aurait pu les avoir à 80. J'y ajoute
une robe traditionnelle chinoise à 150.
Il ne pleut plus aujourd'hui, et il fait
plus de 35°. On dirait que la mousson fait une pause.
Nous allons alors au marché des biens
d'équipement afin d'essayer de trouver du matériel
Sony pour nos appareils numériques. L'endroit paye
moins de mine que le marché informatique. Il y a
surtout des walkmans. Wei se dirige vers l'échoppe
où elle avait acheté des DVD pirates lors
de son dernier séjour. Elle est aujourd'hui fermée.
Mais devant, un homme est assis, la reconnaît, et
ouvre le rideau de fer. A l'intérieur, des clients
sont en train de choisir des DVD. On nous explique que les
contrôles sont de plus en plus fréquents, et
qu'on ouvre plus qu'aux personnes qu'on connaît.
Tout cela a un petit air de prohibition bon
enfant. Mais il paraît qu'il y a maintenant de vrais
structures mafieuses derrière. Les DVD sont à
8 yuan pièce. Le choix est plutôt restreint.
On trouve les dernières productions américaines,
et quelques autres films qui ont bien marché. Nous
achetons "Le seigneur des anneaux", "Légende
d'automne", "Les rivières pourpres"
et des films chinois.
Puis nous prenons un cyclopousse pour aller
à la Maison Hu, demeure d'un riche personnage de
l'époque des Ming, aujourd'hui transformé
en galleries d'antiquités. Une des boutiques vend
des livres anciens. Le vendeur prétend être
le seul dans cette spécialités dans tout le
Zhejiang, et que sa famille exerce ce commerce depuis cinq
générations.
Je voudrais bien acheter un livre du XIXe
mais les prix sont trop élevés (5000 yuans
pour un joli atlas du Yang-Tsé, 800 yuans pour le
rapport chinois de la guerre sino-française de 1884-85),
et ils ne sont pas négociables. D'ailleurs, les prix
seraient déjà les moins chers, car lorsque
les étrangers viennent accompagnés d'un guide,
celui-ci demande 35% du prix au vendeur. Dernièrement,
un français travaillant au Collège de France
ou à l'EHESS aurait ainsi acheté des livres
sur le Yiking.
Le lendemain, Wei va à l'hôpital.
Depuis le début du séjour, elle est piquée
par des insectes non identifiés, et a chaque jour
plus de boutons sur les bras et les jambes. Il faut d'abord
se rendre à l'accueil payer la consultation. Puis,
on monte trouver un médecin. Enfin, avec l'ordonnance,
on redescend payer le prix des médicaments à
une caisse, avant d'aller les chercher à un autre
guichet. L'ensemble est rapide et dure moins d'une heure.
Les médicaments sont pratiquement aussi chers qu'en
France.
Nous rejoignons alors la famille de Wei pour
aller déjeuner au restaurant "Coiffure australienne"
(Aomaotou). Ce établissement chinois porte ce curieux
nom en raison des goûts capillaires du patron qui
arbore une chevelure légèrement frisée.
C'est un ami du père de Wei. Les hôtesses reconnaissent
d'ailleurs celui-ci, et le gratifient du titre de "maître
ingénieur". La salle est à peu près
aussi vaste que celle du restaurant de la veille, mais nous
prenons place dans un petit salon privé. Nous allons
jeter un coup d'oeil aux antichambres aquatiques de la mort.
Il y a même un petit requin.
Le patron vient nous voir un moment. Arborant
sa coiffure légendaire tout droit sortie d'un film
hongkongais des années 60, habillé avec peu
de goût, une grosse montre en or au poignet, il ne
sait qu'écrire son nom. Il me demande ce que je fais,
et quel est mon salaire. Il manque de s'étrangler
en l'apprenant, comme s'il ne voulait pas le croire. C'est
vraiment minable, alors, d'être fonctionnaire au ministère
des Affaires Etrangères! Je perds tout intérêt
pour lui, jusqu'à ce que la conversation s'oriente
sur la possibilité d'ouvrir un restaurant chinois
en France.
L'après midi est chaud, et la mousson
continue sa pause. Wei et moi prenons le bus pour gagner
le "temple de l'âme cachée" (Lingyingsi),
au sud-ouest de Hangzhou. La légende dit qu'un moine
indien aurait trouvé que les rocs aux alentours ressemblaient
à ceux de la région du Bouddha. Depuis, on
les nomme "Rocs venus en volant" (Feilaifeng).
Ils abritent de nombreuses grottes propices à la
méditation, et sont devenus un lieu de pèlerinage.
De nombreuses statues y sont sculptées.
Plusieurs dizaines des plus anciennes ont été
décapitées pendant la révolution culturelle.
On raconte que Zhou Enlai aurait alors décidé
d'envoyer l'armée garder le site pour le prémunir
d'autres déprédations.
Aujourd'hui, une multitude de touristes chinois
se pressent sur le site. On entend des commentaires maudissant
la révolution culturelle, mais ces mêmes personnes
touchent les oeuvres, parfois leur grimpent dessus. Elles
ne comprennent pas qu'elles sont en train de continuer le
travail de destruction des gardes rouges.
Une autre caractéristique du tourisme
chinois est fascinante : personne ne regarde les oeuvres
; le but n'est que de se faire prendre en photo devant.
Cela agace prodigieusement Wei, d'autant que quelques familles
criardes nous demandent parfois de dégager d'un site,
afin de s'y faire photographier. Wei répond énervée
qu'elle regarde les statues, elle!
Nous allons aussi au temple lui-même,
pour lequel il faut encore acheter un billet d'entrée
(15 yuan, alors que l'entrée du site s'élevait
déjà à 20 yuan). Le bâtiment
central s'est effondré au début des années
50, rongé par les termites, et il a été
refait à cette époque, tout comme le grand
Bouddha Sakyamouni qu'il abritait. Nous arrivons, vers 16H,
en pleine cérémonie de bonzes. De nombreux
chinois achètent de l'encens et s'inclinent devant
le temple. Wei est outrée d'entendre une mère
dire à sa fille de demander à Bouddha que
ses affaires lui rapportent beaucoup d'argent...
Vers 17 heures, le temple ferme, les ouvriers
vont dîner. Nous rentrons à la maison en bus.
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