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 Samedi 22 et dimanche 23 juin 2002

Le père de Wei est rentré tard dans la nuit. Au matin, nous lui montrons des vidéos de France, et celles que nous avons faites à Hangzhou.

Pour midi, nous allons, père, mère, soeur, Wei et moi, déjeuner au "Plaisir du bonheur" (Xile), un grand restaurant situé non loin de la maison. Décoré à l'occidentale dans un style kitch inimitable, il s'étend sur une énorme salle et est garni d'une pléthore de personnel en uniforme noir et blanc. Près de l'entrée, poissons, fruits de mers, tortues, sont présentés vivants, et l'on va y choisir ses plats.

Après le repas, la mère de Wei nous accompagne au marché de la soie. Il s'étale de part et d'autre d'une longue rue. Nous achetons trois chemises pour 100 yuan chacune (le prix de départ étant 165). Plus tard, le père de Wei, plus expert en marchandage, nous dira qu'on aurait pu les avoir à 80. J'y ajoute une robe traditionnelle chinoise à 150.

Il ne pleut plus aujourd'hui, et il fait plus de 35°. On dirait que la mousson fait une pause.

Nous allons alors au marché des biens d'équipement afin d'essayer de trouver du matériel Sony pour nos appareils numériques. L'endroit paye moins de mine que le marché informatique. Il y a surtout des walkmans. Wei se dirige vers l'échoppe où elle avait acheté des DVD pirates lors de son dernier séjour. Elle est aujourd'hui fermée. Mais devant, un homme est assis, la reconnaît, et ouvre le rideau de fer. A l'intérieur, des clients sont en train de choisir des DVD. On nous explique que les contrôles sont de plus en plus fréquents, et qu'on ouvre plus qu'aux personnes qu'on connaît.

Tout cela a un petit air de prohibition bon enfant. Mais il paraît qu'il y a maintenant de vrais structures mafieuses derrière. Les DVD sont à 8 yuan pièce. Le choix est plutôt restreint. On trouve les dernières productions américaines, et quelques autres films qui ont bien marché. Nous achetons "Le seigneur des anneaux", "Légende d'automne", "Les rivières pourpres" et des films chinois.

Puis nous prenons un cyclopousse pour aller à la Maison Hu, demeure d'un riche personnage de l'époque des Ming, aujourd'hui transformé en galleries d'antiquités. Une des boutiques vend des livres anciens. Le vendeur prétend être le seul dans cette spécialités dans tout le Zhejiang, et que sa famille exerce ce commerce depuis cinq générations.

Je voudrais bien acheter un livre du XIXe mais les prix sont trop élevés (5000 yuans pour un joli atlas du Yang-Tsé, 800 yuans pour le rapport chinois de la guerre sino-française de 1884-85), et ils ne sont pas négociables. D'ailleurs, les prix seraient déjà les moins chers, car lorsque les étrangers viennent accompagnés d'un guide, celui-ci demande 35% du prix au vendeur. Dernièrement, un français travaillant au Collège de France ou à l'EHESS aurait ainsi acheté des livres sur le Yiking.

Le lendemain, Wei va à l'hôpital. Depuis le début du séjour, elle est piquée par des insectes non identifiés, et a chaque jour plus de boutons sur les bras et les jambes. Il faut d'abord se rendre à l'accueil payer la consultation. Puis, on monte trouver un médecin. Enfin, avec l'ordonnance, on redescend payer le prix des médicaments à une caisse, avant d'aller les chercher à un autre guichet. L'ensemble est rapide et dure moins d'une heure. Les médicaments sont pratiquement aussi chers qu'en France.

Nous rejoignons alors la famille de Wei pour aller déjeuner au restaurant "Coiffure australienne" (Aomaotou). Ce établissement chinois porte ce curieux nom en raison des goûts capillaires du patron qui arbore une chevelure légèrement frisée. C'est un ami du père de Wei. Les hôtesses reconnaissent d'ailleurs celui-ci, et le gratifient du titre de "maître ingénieur". La salle est à peu près aussi vaste que celle du restaurant de la veille, mais nous prenons place dans un petit salon privé. Nous allons jeter un coup d'oeil aux antichambres aquatiques de la mort. Il y a même un petit requin.

Le patron vient nous voir un moment. Arborant sa coiffure légendaire tout droit sortie d'un film hongkongais des années 60, habillé avec peu de goût, une grosse montre en or au poignet, il ne sait qu'écrire son nom. Il me demande ce que je fais, et quel est mon salaire. Il manque de s'étrangler en l'apprenant, comme s'il ne voulait pas le croire. C'est vraiment minable, alors, d'être fonctionnaire au ministère des Affaires Etrangères! Je perds tout intérêt pour lui, jusqu'à ce que la conversation s'oriente sur la possibilité d'ouvrir un restaurant chinois en France.

L'après midi est chaud, et la mousson continue sa pause. Wei et moi prenons le bus pour gagner le "temple de l'âme cachée" (Lingyingsi), au sud-ouest de Hangzhou. La légende dit qu'un moine indien aurait trouvé que les rocs aux alentours ressemblaient à ceux de la région du Bouddha. Depuis, on les nomme "Rocs venus en volant" (Feilaifeng). Ils abritent de nombreuses grottes propices à la méditation, et sont devenus un lieu de pèlerinage.

De nombreuses statues y sont sculptées. Plusieurs dizaines des plus anciennes ont été décapitées pendant la révolution culturelle. On raconte que Zhou Enlai aurait alors décidé d'envoyer l'armée garder le site pour le prémunir d'autres déprédations.

Aujourd'hui, une multitude de touristes chinois se pressent sur le site. On entend des commentaires maudissant la révolution culturelle, mais ces mêmes personnes touchent les oeuvres, parfois leur grimpent dessus. Elles ne comprennent pas qu'elles sont en train de continuer le travail de destruction des gardes rouges.

Une autre caractéristique du tourisme chinois est fascinante : personne ne regarde les oeuvres ; le but n'est que de se faire prendre en photo devant. Cela agace prodigieusement Wei, d'autant que quelques familles criardes nous demandent parfois de dégager d'un site, afin de s'y faire photographier. Wei répond énervée qu'elle regarde les statues, elle!

Nous allons aussi au temple lui-même, pour lequel il faut encore acheter un billet d'entrée (15 yuan, alors que l'entrée du site s'élevait déjà à 20 yuan). Le bâtiment central s'est effondré au début des années 50, rongé par les termites, et il a été refait à cette époque, tout comme le grand Bouddha Sakyamouni qu'il abritait. Nous arrivons, vers 16H, en pleine cérémonie de bonzes. De nombreux chinois achètent de l'encens et s'inclinent devant le temple. Wei est outrée d'entendre une mère dire à sa fille de demander à Bouddha que ses affaires lui rapportent beaucoup d'argent...

Vers 17 heures, le temple ferme, les ouvriers vont dîner. Nous rentrons à la maison en bus.

La famille Fu
Robes chinoises
L'entrée du marché de la soie
La planque des DVD pirates
Antiquaire
Livres anciens
Hôpital
Anguilles
Le restaurant Aomaotou
Un bus "touristique"
Grotte du Feilaifeng
Le bouddha souriant
Le temple
Encens
© Renaud de Spens & Fu Wei