| On ne se lève pas très tôt
pour notre premier jour à Hangzhou. La mère
de Wei est déjà levée depuis quelques
heures.
Des petits pains à la viande et au
riz gluant composent le petit déjeuner, accompagnant
un
thé vert « puit du dragon ».
Les feuilles s'allongent et descendent lentement vers le
fond de la tasse. Le grand ventilateur tourne lourdement.
Nous sortons et prenons un taxi pour aller
au Lac de l'Ouest, dont Wei me vante les beautés
depuis que je la connais. La mousson baigne le paysage de
brume et lâche un crachin tiède. Quelques personnes
se promènent sur la digue.
Peu se retournent à notre passage,
même lorsque nous nous tenons la main, et cela étonne
aussi Wei. Il faut croire que l'étranger est moins
étrange qu'avant. Seuls certains quadragénaires
nous regardent de façon appuyée. Les jeunes
ont grandi dans une Chine déjà mondialisée,
et les vieux en ont trop vu pour ne pas être blasés.
En tous cas, cela met plus à l'aise.
Le Lac de l'Ouest distille un romantisme
très Chinois. Son apparence naturelle ne doit pas
tromper. Il a été aménagé par
les empereurs de la dynastie des Song, chassés de
la Chine septentrionale par les Mongols.
Mais ses îles et presqu'îles,
ses digues, sont conçues pour sembler aller de soi,
et augmenter le plaisir des promenades en bateau.
Nous passons sur le "Pont brisé"
(qui n'a de brisé que l'apparence, quand il neige
en hiver), théâtre de l'histoire
du Serpent Blanc.
Nous arrivons au Musée du Zhejiang.
L'entrée coûte 10 yuan. Nous allons d'abord
au Pavillon des Marées Lettrées (wenlange),
un mini jardin impérial qui avait été
conçu par Kangxi, et réaménagé
par Guangxu pour abriter l'un des sept exemplaires de l'Encyclopédie
des Quatre catégories (Sikuquanshu, qui comprend
plus de 3503 oeuvres classiques en 36000 volumes). Les bâtiments
présentent aujourd'hui des collections thématiques
: numismatique, mobilier et autres trésors. La pluie
redouble et glisse sur les tuiles des galeries pour rejoindre
les pièces d'eau.
Le Musée lui-même est une construction
récente. Mais les objets présentés
remontent jusqu'à la préhistoire. Arrivés
au deuxième niveau, les mémoires de l'appareil
photo sont déjà remplies. On reviendra une
prochaine fois pour voir le reste.
Nous déjeunons très tard, deux
heures passées, dans un grand restaurant tout vide
non loin du lac. Après, on reprend le taxi pour aller
à la banque de Chine changer mes euros. L'euro
s'affermit de plus en plus, et j'obtiens près de
1200 yuan pour 150 euros. Cependant, il n'est pas possible
de retirer de l'argent dans un distributeur avec une carte
visa. Il y a sept ans, à Pékin, c'était
pourtant courant.
Près de la banque se trouve une des
plus grandes librairies de Hangzhou, Xinhua. On y passe
près de deux heures sur ses trois niveaux. L'édition
chinoise s'est beaucoup améliorée, tant sur
le plan de la richesse du choix que sur la qualité
de l'impression. Il y a sept ans, on ne trouvait que très
peu d'illustrations en couleur. Aujourd'hui cela commence
à se répandre.
Nous rentrons vers 19 heures trente à
la maison, ce qui est tard en Chine puisqu'en général
le repas du soir est pris vers 18 heures. Après le
dîner, nous ressortons voir les grands magasins, qui
ne ferment que vers 21 heures trente. Les prix des accessoires
vidéo sont plus chers qu'en France.
Le lendemain, nous nous levons vers 9 heures,
et nous prenons un petit déjeuner français,
car la mère de Wei adore les croissants.
Dès que nous sortons, il se met à
pleuvoir, et de plus en plus fort. Nous renonçons
provisoirement à notre projet d'excursion, pour gagner
la foire informatique. Les prix sont là vraiment
intéressants. Les logiciels pirates sont à
peine cachés dans les boutiques du troisième
niveau. Un CD rempli de programmes, de vidéo ou de
musique ne coûte que 4 yuan. Les vendeurs sont jeunes
et presque éduqués. Un seul me demande d'où
je viens.
Dehors, il ne pleut plus. Après avoir
mangé dans un fast food taiwanais, nous prenons le
bus pour aller sur la rive ouest du lac, dans la demeure
élégante d'un aristocrate du XIXe
siècle, la « Résidence des Guo »
(Guozhuang). Nous y restons assez longtemps. Tout est très
harmonieux et reconstruit un environnement qui ressemble
à un monde idéal en miniature, avec ses lacs
et ses collines qui supportent de gracieux pavillions, et
il n'y a que peu de visiteurs. Même les toilettes
sont correctes, au dessus des standards chinois.
En sortant, nous croisons un groupe d'Espagnols.
C'est seulement la troisième apparition d'Occidentaux
depuis le début du séjour. Sans doute la saison
n'est-elle pas propice au tourisme.
Le retour se fait également en bus.
Wei me fait remarquer que les passagers sont très
différents des utilisateurs de taxi. En Chine, quand
on a un peu d'argent, on prend le taxi (à Hangzhou,
c'est 10 yuan minimum la course en ville). Il n'y a presque
plus que les paysans, les chômeurs et les étudiants
à utiliser le bus. Il y a sept ans, à Pékin,
un trajet coûtait de 20 à 30 centimes. Aujourd'hui,
à Hangzhou, c'est souvent près de 2 yuan.
Mais c'est toujours aussi pitoresque.
Le soir, la soeur de Wei rentre de Shanghai.
Elle crie encore plus fort que sa mère, qui crie
encore plus fort que Wei... pour parler normallement. Cela
doit être culturel.
Elle amène une petite chienne d'un
an qui s'appelle Yangyang et qui est très bête
mais sur qui tout le monde s'extasie. |