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 Mardi 2 et mercredi 3 juillet 2002

C'est le jour de notre retour à Hangzhou. Fu Jin et sa petite chienne Yangyang partent avec nous. Le train est à 8h18. A huit heures moins dix, Jin n'est toujours pas prête. A huit heures, elle affirme que nous arriverons à l'heure sans problème. Nous courrons pour trouver un taxi. La valise est lourde de nos livres et des affaires de chacun. Jin porte Yangyang dans une boîte en carton. On arrive près du quartier de la gare, mais il est déjà 8h18, sur ma montre et celle de Wei aussi. Je propose de ne pas courir, car il est déjà trop tard. Mais la montre à 9000 yuan de Jin n'a pas encore 18.

Les filles sortent du taxi en trombe, me laissant un peu désemparé : le chauffeur a t-il déjà été payé? En fait c'est très clair pour les Chinois : c'est celui qui est assis à côté du conducteur qui paye, et donc tout est décidé dès l'embarquement. On crie de me dépêcher. Je me dis que les mules ont plus de chance que moi.

On court à perdre haleine. Mon sac s'ouvre, une bandoulière lâche. Comment, le train pour Hangzhou n'est pas là? "Où est le quai pour Hangzhou?" Il faut passer par le tunnel souterrain. Je me doute bien que le train est déjà parti, car tous les quais sont déserts. Mais ce n'est qu'au milieu du tunnel qu'un employé confirme qu'il n'y a plus d'espoir.

A la sortie, nous sommes dragués par une représentante d'une compagnie de bus. Après s'être assuré qu'elle ne prend pas de commission, nous la suivons à pas rapides. Il y a des bus presque toutes les dix minutes pour Hangzhou. Mais cela coûte deux fois plus cher que le train : 40 yuan par personne (contre 19-20 yuan).

Arrivés à Hangzhou deux heures plus tard surgit une nouvelle aventure : un bus est en panne devant nous sur la voie rapide. Nous devons descendre, prendre nos bagages, et remonter toute la file de véhicules immobilisés baignant dans les gaz d'échappement.

Le reste de la journée est tranquille : on va promener le petit monstre, lui apprenant à obéir sans laisse ; on se repose à la maison.

Mercredi à midi, nous avons rendez-vous avec le professeur Wei et le professeur Tang. Ce sont deux enseignants en français dont Wei a suivi les cours à l'université du Zhejiang. Une nouvelle fois, cela fait plaisir d'entendre parler mandarin, de discuter avec des gens à l'esprit ouvert et qui ont l'expérience d'avoir vécu en Occident. C'est comme il est plus agréable pour un Chinois à l'étranger de rencontrer des personnes qui connaissent la Chine : cela permet notamment d'éviter de subir les questions conventionnelles et bêtement bien-pensantes sur le Tibet ou les droits de l'homme et autres pénibles préjugés.

De plus, ils croient en leur métier et ne sacrifient pas à la nouvelle religion de la Chine, l'enrichissement et les affaires à tout prix. On voit qu'ils sont contents de retrouver Wei, qui a réussi le parcours d'obstacle auquel ils tentent de préparer leur étudiants : séjour en France, diplôme d'une bonne école, et maturation de l'esprit et de la réflexion.

Nous les quittons et visitons l'université. Beaucoup de choses ont déjà changé depuis deux ans, constate Wei, nostalgique. Et un déménagement de la faculté de français est prévu pour la rentrée, vers la banlieue. Il est difficile de garder des repères matériels dans cette Chine qui bouge tout le temps, comme la réplique réelle d'une Simcity.

Aujourd'hui, la mousson semble terminée (la fin "officielle" est prévue pour le 10 juillet, jour de notre retour). Le soleil irradie la ville d'une chaleur sourde que le chant des grillons accompagne. Beaucoup de femmes se protègent d'un parapluie. Le bronzage n'est pas à la mode en Chine, et les crèmes pour éclaircir la peau se vendent très bien.

Nous prenons le bus pour nous rendre au temple de Yue Fei. Celui-ci est une sorte de Jeanne d'Arc, masculin et chinois, qui aurait été assassiné par des ministres jaloux alors qu'il s'apprétait à reconquérir le nord de la Chine alors aux mains des barbares Jin (XIIIe siècle).

Le site n'a rien de bien intéressant sur le plan historique. La plupart des bâtiments ont été reconstruits en 1979. Je suspecte aussi les stèles tombales de ne pas être très vieilles. Les notices distillent tous le même patriotisme bête et malsain. Inutile de chercher quelque part des indices de la véritable personnalité de ce général des Song du sud : ce n'est qu'un mythe à la Lei Feng qu'on nous présente.

Ce qui est intéressant, c'est que le mythe, quoique ancien, semble avoir pris un écho particulier sous le règne de Deng Xiaoping. Celui-ci a ordonné un vaste mouvement de restauration de monuments antiques en Chine, mais s'est particulièrement intéressé au temple de Yue Fei, qu'il est venu inaugurer en personne.

Coïncidence ou manipulation, ce sont quatre hauts personnages qui ont fait assassiner Yue Fei, dont une femme : tout à fait le portrait de la "bande des quatre" qui avait fait arrêter Deng Xiaoping. L'empereur, pourtant complice, n'est pas mis en accusation, tout comme la mémoire de Mao Zedong, le véritable instigateur de la révolution culturelle, n'a pas été salie par Deng Xiaoping, soucieux de préserver la paix politique et sociale.

Le bon peuple ne s'y est pas trompé, et a fait le rapprochement plus ou moins consciemment : les statues représentant les quatre traîtres à genoux ont dû être protégées d'une grille, et un écriteau défendant de leur cracher dessus a été ajouté!

En face du temple se trouve l'entrée de Sudi, la digue la plus longue du lac de l'ouest. Il est déjà 17h et le soleil décline. La brise balance les branches des saules. Sur l'une des rives, de nombreux photographes, chacun muni d'un trépieds, pointe un appareil à contre jour. Il doit y avoir un concours ou un exercice d'une association. Ailleurs, des couples d'amoureux s'enlacent pudiquement sur les bancs au bord de l'eau.

Yangyang dans le bus
Le car pour Hangzhou
A poil sur le canal
Les professeurs Wei et Tang
Etudiante
L'université du Zhejiang
Ne pas cracher svp

Yue Fei

Deng Xiaoping inaugure la tombe de Yue Fei
Photographes
Lac de l'Ouest
Le pont de jade
Amoureux sur un banc public
© Renaud de Spens & Fu Wei